vendredi 13 septembre 2013

Culture Geek de David Peyron ou la sociabilité critique du geek



J'ai reçu hier le livre de David Peyron dont j'avais parlé ici.  Je rappelle pour ceux qui passent par hasard que le monsieur est docteur en sciences de l'information et que ce livre est un résumé de sa thèse ( un petit résumé, 180 pages environ). Je vais pas lui en tenir rigueur, je viens de sortir de la lecture de la thèse de R.Koster, intitulée "Le jeu vidéo comme manière d'être au monde"  et j'avoue même si j'ai fait un peu de socio dans le supérieur que les questionnements métho propre à cette science me laisse un peu pantois. Donc un résumé c'est très bien.



L'Intro revient sur des événements récents, comme le mag' branchouille  ( mais comment peut-on être hype aussi longtemps?) Technikart titrant "60M de geek". Une époque ou même F.Fillon, s'était définit comme geek dans Telerama... La question est de savoir si cette culture est dominante ou pas , ce qui en fait son corps.  Comme c'est un résume de thèse ( oui je l'ai déjà mais faut que ça rentre cher lecteur), on annonce les parties. Une partie histoire, une partie socio, une partie culturelle.

Geck en haut allemand c'est l'idiot du village. très intéressante recherche de l'étymologie du mot, si je la connaissais jusque dans les 30's, je n'avais rien lu sur le avant, et là on en a pour son pognon! C'est bien parti! Étymologie des autres mots nerd, otaku, réflexions intéressantes sur les transferts culturels des 50's  et des 60's entre US et Jap' ( ça mériterait presque une thèse de World History tiens). Ah chouette les notes de bas de pages sont en bas de page, ca a l'air de rien, mais comme cela je les lis et j'ai les titres des autres livres et travaux que je vais essayer de trouver ( ok j'ai des comics et des hommes... mais pas les travaux d'O.Kaira)

La première partie, l'époque des pulp est intéressante, car plus que de faire un catalogue des références, il y a un questionnement sur les supports ( radio, mag'..). Le but un travail sur la convergence, dans le sillage des théoriciens anglo-saxons,  ainsi il est possible de pense l’œuvre des grande cinéastes ricains des 70's à partir de l'influence des œuvres de leur jeunesse? L'apparition du JDR, au départ bac à sable, ben oui D&D on peut jouer dans plein d'Univers,  n'est possible que "dans un civilisation saturée de références fictionelles"(O.Caïra, auteur d'une recherche sur le JDR) Encore une idée qui me plaît. Convergence entre science et fiction, émergence possible de réalités fictionnées plausible grâce à la culture scientifique et le cartésianisme. Le wargame à l'origine de D&D on le sait, pour l'auteur, la filiation technologique aussi importante que les pulps d'aventures constituant les fondements du genre..

Star Wars est une œuvre majeure. Ok, là vous allez me dire, il est con ce type, il m'apprend rien, nan restez vous n'avez pas tout lu. Elle est fondatrice du transmedia qu'on retrouvera dans la plupart des univers geeks. C'est un œuvre qui est un modèle en ce qui concerne les constructions de mondes, avec des développement cohérents ( voire l'univers étendu).

L'auteur revient sur les différentes histoires des geeks, souvent de la littérature anglo-saxonne, pour monter les divergences entre les auteurs qui donnent chacun une préférence à l'un des médias, pour conclure, au dessus de la mêlé, par son point de vue fondamental; convergence possible grâce à la technologie. Là ou la forme lie/lit le fond.

Le projet est de comprendre comment cette sous-culture (au sens anglo-saxon des subcultural studies) s'est constituée pour établir une culture  reliant des individus ayant des pratiques communes.

Qu'est ce qui différencie le geek du fan, au sens générique ?  Toujours la cohérence, la construction de monde selon l'auteur. Des oeuvre qui se tiennent non pas le style mais par le monde, avec remise en cause de fait des modèle académiques. Des explorateurs de mondes statistiques, les geeks?  Cultivés les geeks? Pour sûr, mais apôtres du fun pour le fun. Même s'ils sont capables de sur-interpréter n'importe quelle oeuvre de leur panthéon. Cette valorisation du fun pour le fun est une garantie que la culture institutionnelle ne pourra pas complètement les assimiler. Les zombies, ok, c'est critique, mais surtout c'est cool. Réfuter finalement le sérieux de l'oeuvre alors qu'ils en sont conscient, pour ne pas être rattrapés par la critique hype et branchée.  Des geeks dépolitisés, sauf sur les questions technologiques ou pour le moins, on peut considérer qu'ils sont à l'avant-garde des réflexions. J'avais déjà dit que je pensais la grande majorité à gauche, en tous les cas dans la critique. Plus que dépolitisé, je tendrais à penser qu'il y a une forme d'a-politisation. C'est à dire un refus de s'affilier a des partis qu'ils considèrent souvent comme peste et choléra.

Une culture de riche, la geektiude ? Non, une culture résolument populaire, mais moins bien vue socialement que le foot ou le bricolage. La bannière du geek apparaissant au seuil des années 2000 arrive alors à point nommé pour permettre aux individus isolés de faire front, de donner un sens général à leur pratique. Je rejoins complètement l'auteur sur son analyse globale des catégories socio-culturelles des geeks. Classe moyenne, d'où la dépolitisation selon l'auteur, car vivant dans un monde sans trop de soucis, mais des personnes qui trouvent leur voie dans la culture populaire.  Il attache une certaine importance à l'héritage culturel  (parents lecteurs de SF ou technofiles, ayant un profil littéraire), mais il nuance dans le sens ou certains sont en conflit, même s'il considère que même en cas de conflit c'est mineur ( car nettement moins dangereux à leur sens que la drogue.... Là encore sur l'échantillon de la bonne 50 e de geeks que j'ai fréquenté, ( échantillon faible j'en conviens), j'ai plutôt vu une construction en opposition. Ce ne sera évidemment pas la même chose dans quelques anneés, les trentenaires parent(e)s ayant sans doute un approche radicalement différente. Au final, une rébellion socialement correcte (perso je préfère ça au politiquement correct), l'idée dans les classes aisées de nivellement par le bas. mais rien de dangereux au final.

En fait c'est un choix de s'éloigner de la haute culture, car les geeks sont des fins connaisseurs des hiérarchies culturelles ( à force de lire des tables d'XP, des livres sur les nobles et la plèbe dans tous les donjons galactiques, on les comprendrait à moins). Les questions du genre sont évidement abordées. Pas facile dans un monde de l'entre-soi masculin, de s'imposer en tant que femme. Surtout face à des personnes qui recherchent la maîtrise des univers quand la maîtrise de la vie quotidienne est perdue ( ah c'est pour cela que j'aime tant ma place de MJ!, merci Herr Doctor)

Retour enfin sur des pratiques qui nécessitent immersion et maîtrise, donc forcément chronophage. Être geek c'est développer une culture pour happy fews, une culture de l'entre-soi, se distinguer du grand public qui peut aimer les mêmes choses, et c'est bien normal lorsqu'il s'agit de culture pop'.

La culture geek est en un sens rétroactive, elle met de l'ordre dans le passé, entre des pratiques qui n'étaient pas forcément estampillées geek. C'est une "multitude de  pratiques et sous-groupes sociaux et de sous culture affiliées" Là ou N.Beaujouan avait une définition large, là ou j'ai passé de nombreux débats avec mes potes pour savoir ce qu'était un geek, on a une réponse de sociologue logique: un ensemble de pratiques convergentes et connectées. 

Ne cherchez pas dans ce livre les grands canons de cette culture, ils sont cités mais ne sont pas énumérés. Ils sont analysés quand cela est nécessaire à la démonstration. Les références culturelles sont majoritaires et si les jeux video sont assez présent, les questions du jeu de plateau esquivées ( ou alors est-elle assimilé au JDR). L'idée de culture générale geek est excellente, en effet un geek est capable de pouvoir interpréter les autres oeuvres à partir d'autres ref' déjà acquises ( pour exemple quel rapport entre Paul Atréides et le Messie de Matrix). L'autre truc c'est de participer de façon consciente à la culture ( tiens que suis je en train faire? ). La gurine est à ce titre évoquée, dans le même ordre d'idée, "s'apropprier  de façon concrète un monde et un univers". Il y a une volonté de participer et au final de se différencier -et oui les connards, c'est pour ça que je fais ce blog-. On finira par les réf devenues des mèmes "it's a trap", . C'est ainsi que les geek se reconnaissent par le culte du détail,  quelques fois récupéré, et aussi ancêtre du marketing viral.

La conclusion  renvoie Tecknikart et Fillon dans les cordes car toute la démonstration a permis de montrer qu'être geek ce n'est pas seulement connaître Star Wars et être fan du dernier Batman, c'est autrement plus immersif, plus chronophage. Les geeks peuvent dormir tranquille, seuls ils sont à avoir cette volonté d'aller au delà du détail. Et c'est cette connaissance qui fait leur connivence, donc leur culture.

Un excellent livre très stimulant à lire absolument, que vous soyez geek ou pas, et puis, c'est bien maintenant je peux dire à mes beaux parents que je lis des trucs sérieux sur le sujet. Cela en dehors de l'apport culturel sera donc un investissement social conséquent! Ne cherchez pas pour mes parents, il restent persuadés que j'égorge des chèvres à chaque Week-end Geek.

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